Les Jeunes et l’Argent : L’Endettement Précoce Inquiète

7 years ago - July 04, 2014
Il n’y a plus d’âge pour être endetté et les derniers chiffres du rapport de l’Association pour la protection des emprunteurs (APEA) l’ont démontré. La relation des jeunes avec l’argent devient problématique. Faut-il s’en inquiéter ?

Est-ce la faute d’une société de consommation en constante évolution qui ne cesse de créer des besoins ? L’endettement touche de plus en plus les jeunes. Les chiffres d’une étude de l’APEA le prouvent. Ainsi, ils sont 10 % âgés entre 15 et 19 ans à être endettés ; 25 % de ceux de 20 à 25 ans et plus de 50 % pour la tranche des 25 à 30 ans le sont également. S’endetter à un si jeune âge peut sembler incompréhensible, mais aussi minime soit la somme, elle reste tout de même une dette.

Les adolescents commencent, eux, par emprunter de l’argent à leurs frères et sœurs. Ils veulent consommer plus de ce que leur permet leur argent de poche. Pour le président de l’APEA, Michel Hardy, il y a un rajeunissement, surtout avec le nombre de facilités qui existe. « Il y a deux types de débiteurs, ceux qui contractent des prêts pour l’achat d’une voiture, d’une maison ou pour des études, et ceux qui s’endettent sans réfléchir. Bon nombre de jeunes contractent une dette dès qu’ils commencent à travailler », dit-il.

Par ailleurs, notre interlocuteur de l’APEA souligne que les jeux de hasard sont aussi l’une des causes de l’endettement chez les jeunes. « Certains commencent à jouer de l’argent dès l’adolescence. Ils sont influencés par la société de consommation et veulent tout avoir, des téléphones portables et ordinateurs dernier cri aux vêtements et chaussures de marque, en passant par les loisirs. Ils s’endettent pour diverses raisons et avec les facilités de prêt, les cartes de crédit, ils oublient souvent que le remboursement peut s’avérer long et difficile. Les jeunes n’ont pas appris à faire un budget. II y a aussi un manque de responsabilité de leur part », avance Michel Hardy.

Tout avoir, maintenant !

Le train de vie que nous menons serait-il la cause de l’endettement chez les jeunes ? Le sociologue Pavi Ramhota avance que de nombreux Mauriciens, toutes classes sociales confondues, seraient endettés et, ce, depuis un très jeune âge. « L’endettement a pris de l’ampleur dans la réalité mauricienne. Nous voulons tout avoir et sans attendre. Vivre à crédit est désormais un mode de vie dans cette société de consommation », dit-il. Très jeunes, ils connaissent le pouvoir de l’argent et ceci, selon le sociologue, est dû à la façon dont ils ont été élevés.

« On a tendance à croire qu’il faut tout donner à un enfant pour qu’il ne se rebelle pas. Ainsi, en grandissant, ils ne veulent rien se priver. Auparavant, les parents ne cédaient pas à tous les caprices de leurs enfants. Ces derniers comprenaient qu’ils ne pouvaient pas tout avoir. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. En grandissant, surtout avec l’indépendance financière qu’ils acquièrent en travaillant, ils veulent un plus grand confort. Économiser n’est plus nécessaire, car ils ont la carte de crédit et accès au prêt facilement. »

Le cauchemar d’une étudiante

À 24 ans, Marie-Paule a déjà une dette de Rs 55 000 à rembourser. Ce prêt, elle a dû le contracter pour pouvoir financer sa dernière année d’études en Communication. « Mes parents étaient déjà surendettés avec les études de ma sœur. J’ai, donc, dû travailler pour financer les miennes. J’étudiais à temps partiel et, en quatre ans et demi, j’ai eu à débourser Rs 160 000 uniquement pour les cours. Il y avait aussi d’autres frais, comme le transport et les matériels qui sont très coûteux. Lors de la dernière année, j’avais de gros soucis financiers et j’ai dû me tourner vers une banque », nous raconte-t-elle.

Même si elle est soulagée d’avoir pu financer ses études, notre interlocutrice avance que le remboursement n’est pas chose facile. « Contrairement aux autres étudiants, j’avais déjà un emploi et un salaire stables. Toutefois, avec le salaire minimum préconisé par le Human Resource Development Council, j’arrive difficilement à m’acquitter de mes dettes. Je dois aussi rembourser le crédit de mon ordinateur portable, qui a servi lors de mes études. Mes dettes absorbent la totalité de mon salaire », explique-t-elle.

Débuter une carrière avec une dette de la sorte laisse notre interlocutrice très pessimiste, car elle ne voit aucune perspective d’avenir. Cette dernière, qui habite toujours chez ses parents, se voit avancer difficilement. « Je me sens comme emprisonnée dans ce système de consommation et de dettes. C’est frustrant de ne pas pouvoir faire des économies et profiter de son salaire comme on le veut. On nous incite à faire des études pour un meilleur avenir; or, les frais de scolarité ne font que grimper et le coût de la vie aussi. Si l’avenir, c’est être lourdement endetté, alors nous avons un problème. Comment pouvons-nous penser à changer le monde et les choses, quand nous consacrons notre temps à rembourser les dettes? »

Société de consommation : Gare aux appâts !

Nous sommes dans une société de consommation, voire de surconsommation, où l’endettement est, semble-t-il, le levier de l'économie. « Les gens sont incités à consommer. Nous faisons aussi partie de cette chaîne de production où toutes les facilités sont mises à notre disposition pour consommer encore plus », lance, pour sa part, la sociologue Asha Vaid.

Le 'hire purchase' nous aura offert le confort, mais c’est aussi une corde que l’on se met au cou, insiste-t-elle. Rembourser ce n’est jamais facile, surtout avec des taux d'intérêt aussi énormes. « Acheter maintenant et payer plus tard, zéro dépôt, ce ne sont que des appâts pour attirer les consommateurs. Cette démarche semble être si facile qu’ils finissent par succomber. Ils vont jusqu'à satisfaire tous leurs désirs, en contractant des prêts », ajoute la sociologue.

Influencés par les publicités et notre entourage, nous achetons souvent des choses que nous n’avons pas vraiment besoin, souligne Asha Vaid. « Nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous voulons ces choses pour nous démarquer ou pour garder le rythme avec la classe supérieure. On se définit souvent par les choses que l’on a et non pas par ce que l’on est. On finirait par croire que nous sommes nous-mêmes un produit de cette société de surconsommation. Les jeunes sont pris pour cibles par les compagnies. Il y a, désormais, plusieurs forfaits qui ont été créés spécialement pour les moins de 30 ans, afin de les inciter à consommer plus. Le crédit est alors leur seul recours », martèle notre interlocutrice.

Les crédits comblent un besoin et, ce, à tous les niveaux, notamment pour l’achat d’une nouvelle maison, une voiture et même pour notre éducation. « Le crédit apparaît comme la solution pour aboutir nos ambitions. Surtout dans le secteur de l'éducation, qui est aujourd’hui un véritable commerce. Par ailleurs, prendre des prêts est devenu un mode de vie. Aussitôt le remboursement fait ou même avant la fin, on trouve déjà une autre raison pour en contracter un autre. Ainsi, s’endetter devient une habitude chez certains, qui ne réalisent pas qu’ils paient des taux d'intérêt élevés », soutient la sociologue.

Cette dernière constate aussi que l’endettement touche également les jeunes mariés. « Pourquoi économiser quand on peut prendre un prêt et le rembourser petit à petit ? On veut la voiture, la maison; bref, on veut tout sans attendre ! Bon nombre de jeunes mariés se laissent ainsi prendre dans la spirale de l’endettement. Si auparavant, les parents apprenaient à leurs enfants le besoin d'économiser, tel n’est plus le cas aujourd’hui et c’est dans les vieux jours que l’on regrette certaines actions », lance-t-elle.

Nous sommes dans une société de consommation, voire de surconsommation, où l’endettement est, semble-t-il, le levier de l'économie. « Les gens sont incités à consommer. Nous faisons aussi partie de cette chaîne de production où toutes les facilités sont mises à notre disposition pour consommer encore plus », lance, pour sa part, la sociologue Asha Vaid.

Le 'hire purchase' nous aura offert le confort, mais c’est aussi une corde que l’on se met au cou, insiste-t-elle. Rembourser ce n’est jamais facile, surtout avec des taux d'intérêt aussi énormes. « Acheter maintenant et payer plus tard, zéro dépôt, ce ne sont que des appâts pour attirer les consommateurs. Cette démarche semble être si facile qu’ils finissent par succomber. Ils vont jusqu'à satisfaire tous leurs désirs, en contractant des prêts », ajoute la sociologue.

Influencés par les publicités et notre entourage, nous achetons souvent des choses que nous n’avons pas vraiment besoin, souligne Asha Vaid. « Nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous voulons ces choses pour nous démarquer ou pour garder le rythme avec la classe supérieure. On se définit souvent par les choses que l’on a et non pas par ce que l’on est. On finirait par croire que nous sommes nous-mêmes un produit de cette société de surconsommation. Les jeunes sont pris pour cibles par les compagnies. Il y a, désormais, plusieurs forfaits qui ont été créés spécialement pour les moins de 30 ans, afin de les inciter à consommer plus. Le crédit est alors leur seul recours », martèle notre interlocutrice.

Les crédits comblent un besoin et, ce, à tous les niveaux, notamment pour l’achat d’une nouvelle maison, une voiture et même pour notre éducation. « Le crédit apparaît comme la solution pour aboutir nos ambitions. Surtout dans le secteur de l'éducation, qui est aujourd’hui un véritable commerce. Par ailleurs, prendre des prêts est devenu un mode de vie. Aussitôt le remboursement fait ou même avant la fin, on trouve déjà une autre raison pour en contracter un autre. Ainsi, s’endetter devient une habitude chez certains, qui ne réalisent pas qu’ils paient des taux d'intérêt élevés », soutient la sociologue.

Cette dernière constate aussi que l’endettement touche également les jeunes mariés. « Pourquoi économiser quand on peut prendre un prêt et le rembourser petit à petit ? On veut la voiture, la maison; bref, on veut tout sans attendre ! Bon nombre de jeunes mariés se laissent ainsi prendre dans la spirale de l’endettement. Si auparavant, les parents apprenaient à leurs enfants le besoin d'économiser, tel n’est plus le cas aujourd’hui et c’est dans les vieux jours que l’on regrette certaines actions », lance-t-elle.

Les effets du chômage sur la dette

Selon les derniers chiffres, le chômage touche 24 % des jeunes de moins de 24 ans. Ces statistiques sont alarmantes et inquiétantes. Asha, 29 ans, ne sait plus comment faire pour rembourser ses dettes. « J’ai contracté un prêt pour payer mes études en Inde et, à mon retour, je n’ai pas pu trouver de travail. La banque ne cesse de m’envoyer des 'reminders'.

Cette situation est frustrante, surtout quand on a fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là. J’ai des dettes envers plusieurs personnes, notamment mes amis ou encore le boutiquier du coin. Je ne sors plus, je n’ai plus de vie sociale. Je ne peux pas dépendre de mes parents. Le chômage m’a appris à consommer uniquement ce dont j’ai vraiment besoin et à cultiver mes propres légumes. Tous les moyens sont bons pour économiser », dit-elle.

Diplôme en main, mais toujours pas de travail, Asha nous confie qu’elle est indignée contre ce système. « Le gouvernement préconise un diplômé par famille. Oui, mais après nous ne trouvons pas de travail, et avons des prêts à rembourser ! J’ai plusieurs amis qui sont dans la même situation. C’est pour cela que bon nombre de jeunes vivent dans des situations précaires », dit-elle.

Investissement ou dette

Comme l’indiquent les chiffres de l’APEA plus loin, ils sont plusieurs jeunes à être déjà endettés avant leur trentaine. Richard Surette en fait malheureusement partie. « À 26 ans, j’ai déjà deux prêts à rembourser. Chaque mois, c’est presque Rs 16 000 qui sont déduites de mon salaire, pour rembourser le prêt immobilier et d’autres biens que j’ai acquis », dit-il. Investir dans une maison, une dette que certains diront justifiée. Toutefois, le remboursement n’est pas une sinécure. « Il faut pouvoir joindre les deux bouts. J’ai aussi d’autres dépenses tous les mois.

Quand j’y pense, je travaille dur, rien que pour rembourser des prêts. Je ne peux pas profiter de mon salaire entièrement. Du coup, je ne m’amuse pas beaucoup et cela est souvent décourageant. D’ailleurs, comme la maison n’est pas à mon goût, il y a divers travaux à entreprendre. Je n’ai pas d’enfant à ma charge et c’est déjà comme cela, je me demande bien comment ce sera dans le futur ?», se demande le jeune homme. 

 

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