Mauritius | Agro & Food

September 12, 2014

Changement Politique : Les Défis qui Attendent la Nouvelle Coalition

Le changement radical que connaît, ces jours-ci, le paysage politique local aura un impact conséquent sur la politique économique.

Avec un accord entre le Parti travailliste et le MMM, pour construire un pays moderne, selon le Premier ministre, c’est l’économie qui sera à l’agenda, surtout avec la date du prochain Budget qui approche. Mais quels sont les défis ?

Les soubresauts politiques ont toujours eu un impact sur l’économie, et même certaines décisions prises au cours de ces dernières années reflètent une certaine incohérence au plus haut niveau. L’on se demande bien si l’orientation économique du pays occupe une place de choix à l’agenda politique qui définit les accords et le partage du pouvoir, car un éventuel gouvernement Ptr/MMM aura plein de défis économiques à affronter. Régler la dette publique, contrôler le chômage, encourager l’investissement, booster le tourisme, établir un salaire minimum, contrer la hausse du coût de la vie, augmenter la productivité et relancer la production agricole, entre autres, sont autant des dossiers qui attendent un nouveau dynamisme.

L’état océan

Ce gros secteur n’attend que le départ. L’État océan sera l’un des plus gros projets d’un éventuel nouveau gouvernement. Il faut tout un arsenal légal et les compétences nécessaires pour lancer cette industrie hors de l’ordinaire. Bien que ce soit un projet d’avenir, qui prendra des années, beaucoup ont de forts doutes quant à sa réalisation, surtout avec le ‘flop’ des projets similaires comme la Land Based Oceanic Industry, dont on a entendu parler pendant des années.

Le manufacturier

Ce secteur, qui n’est pas limité au textile, a aussi son lot de problèmes à résoudre : le niveau des salaires, les conditions de travail, la gestion des travailleurs étrangers, entre autres. La compétitivité et l’innovation demeurent les maîtres-mots pour ce secteur qui offre la possibilité d’exploiter plusieurs créneaux, créateurs d’emplois et de richesses. Par exemple, nous parlons depuis des années de l’émergence d’une industrie d’ingénierie légère, avec la mise en place des unités d’assemblages de semi-conducteurs, destinées à la fabrication des téléphones portables, des équipements électroniques, entre autres, et il y a un intérêt particulier des géants mondiaux de technologie d’implanter en Afrique. D’autres segments intéressants encore sous-exploités chez nous sont la fabrication des accessoires médicaux, le textile médical pour le marché international, la transformation alimentaire (y compris le label ‘halal’ pour exportation), les jeux vidéos, les produits en ‘stainless steel’, entre autres.

La promotion de l’investissement

Si nous avons pu attirer des milliards de roupies en FDI ces dernières années, il semble que la tendance est maintenant à la baisse. Est-ce qu’il y a des lacunes dans nos méthodes de promotion d’investissements ? Pourquoi certains investisseurs rechignent à s’installer ici ? Est-ce que la bureaucratie fait obstacle à la réalisation des projets ? Y a-t-il un manque de compétence à certains niveaux ? Sommes-nous à court d’idées ? Les opportunités que nous présentons aux investisseurs, existent-elles réellement ? Le concept de ‘One-Stop-Shop’ marche-t-il efficacement ?

Faut-il ouvrir des antennes dans certaines régions spécifiques, comme la Chine, le Gujarat, l’Afrique du Nord et l’Europe de l’Est ? Autant de questions à poser. La création d’emploi est étroitement liée au succès des campagnes de promotions. Il faut accepter l’idée que Maurice n’est plus la seule destination idéale, et des pays comme le Rwanda se positionnent également. Obtenir des scores excellents aux divers classements internationaux est certes un plus, mais est-ce le seul critère qui incite les investisseurs ? Peut-on continuer avec le ‘business as usual’ quand nos compétiteurs nous devancent déjà en faits, alors que nous sommes toujours au niveau des paroles, comme le démontre le dernier rapport du World Economic Forum ?

Maurice Île Durable

Cela fait déjà six ans que ce projet est en cours. Et c’est malheureux de constater qu’on n’a pas encore pu mettre sur place un système efficace de collecte national de déchets recyclables pour alimenter les diverses usines qui ont besoin de ces matières premières. Une importante usine de recyclage du papier, ayant nécessité plus de Rs 100 millions d’investissements, fait face à un sérieux problème de manque de matières premières (papiers usagés), alors que des tonnes de papier, de carton et de vieux journaux sont acheminées vers Mare-Chicose chaque jour ! Nous sommes également en retard sur le recyclage ou ramassage du pneu usagé et l’huile de moteur usagé, deux gros polluants.

Le concept Maurice Île Durable va aussi au-delà du recyclage ou de l’économie d’énergie électrique. Par exemple, une réforme radicale des procédures administratives résulte inévitablement en une baisse de la consommation de carburant, si les gens n’ont plus à se déplacer inutilement. Le développement durable, c’est aussi une bonne planification urbaine pour ne pas se retrouver avec un problème comme à la cyber cité, par exemple !

La dette publique

Le dernier Financial Stability Report de la Banque de Maurice a tiré la sonnette d’alarme sur l’endettement dans le pays, que ce soit les dettes des ménages ou la dette publique. Le gouvernement a pour objectif de réduire la dette d’ici 2018. Toutefois, Maurice devrait encore emprunter pour poursuivre son développement socio-économique au cours des prochaines années. Alors comment réconcilier ces deux facteurs ? La tâche s’avère ardue pour le prochain grand argentier.

La croissance

L’île Maurice veut devenir une nation à hauts revenus. En 2010, le ministre des Finances d’alors avait déclaré que le gouvernement vise un revenu brut par tête d’habitant de 20 000 dollars US vers l’an 2020. En mars 2014, Xavier-Luc Duval, l’ancien ministre des Finances a, lui, déclaré qu’atteindre 13 000 dollars de revenus par tête d’habitant est plus réaliste. Quel que soit le montant ciblé, pour y arriver, il faut impérativement augmenter la productivité et privilégier la valeur ajoutée. Tout cela passe nécessairement par des réformes poussées.

La vie des citoyens

Un changement politique augure toujours de nouveaux espoirs pour la population. Loin des grandes théories économiques, le peuple est plus concerné par ce qui le touche de près. Les tracasseries administratives quotidiennes affectent beaucoup de gens. Les problèmes récurrents des citoyens communs concernent les litiges entourant les propriétés et la succession, les démarches administratives pour divers services publics comme la sécurité sociale, les utilités publiques et la justice, entre autres.

Par exemple, il faut débourser environ Rs 5 000 pour les services d’un avoué pour jurer un affidavit. Les démarches administratives coûtent du temps et de l’argent. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a mis sur pied un comité d’experts pour revoir toutes les législations indiennes archaïques afin de les moderniser. Il a aussi donné des directives pour que cessent toutes les tracasseries que subit le petit peuple, par exemple, plus besoin de jurer des affidavits, mais simplement des ‘self-declarations’ ! Ce sont ces types de réformes radicales dont Maurice a besoin pour le véritable progrès et le bien-être de la population !

Le transport public

C’est un fait que le système de transport en commun ne répond plus aux exigences de l’île Maurice moderne. Le service laisse à désirer dans beaucoup de cas, les doléances s’accumulent, et le plus important est le coût élevé. De l’autre coté, les conditions d’emploi sont décriées et les travailleurs sont mal payés. Des changements radicaux s’imposent pour rendre le système plus efficace. L’introduction du métro léger aura, de son côté, un impact sur certains emplois. Le transport public demeure l’un des gros dossiers à considérer en priorité.

L’agro-industrie

L’agro-industrie est un secteur prioritaire, dans le cadre de la sécurité alimentaire. Il y a eu deux ‘Food Security Strategic Plan’, l’un en 2008 et l’autre en 2013. Les documents indiquent clairement que le pays ne peut produire 100 % de ses besoins en nourriture, et qu’un chiffre réaliste serait celui de 33 %. Plusieurs recommandations ont été faites, et la plupart déjà mises en place. Le secteur agricole, qui compte plus de bureaucrates que de fermiers à Maurice, engloutit un budget de Rs 2,2 milliards en 2014, selon les chiffres du Programme-Based Budgeting. Des nouveaux créneaux sont exploités, comme la production du riz. Toutefois, la relance agricole n’a pas contribué en une baisse des prix. La production vivrière, par exemple, demeure toujours à la merci des conditions climatiques. Par contre, les nouvelles opportunités comme le hi-tech farming et l’agriculture verticale sont peu exploitées.

Les investissements étrangers demeurent limités dans ce secteur, faute de mesures incitatives appropriées, mais aussi faute de promotions adéquates. D’autre part, les terrains que Maurice a obtenus en Afrique, principalement au Mozambique, demeurent largement inexploités. Le secteur agro-industrie a un urgent besoin d’un nouveau plan stratégique et innovant, essentiellement préparé par des nouvelles têtes, afin de ne pas recopier les idées du passé. Compte tenu du nombre élevé des personnes sans emploi n’ayant pas atteint le CPE ou le SC, l’agro-industrie à la capacité d’absorber le chômage.

L’immobilier

Le secteur immobilier a grandement contribué à la résilience de l’économie durant les dernières années de crise, grâce à une forte entrée des investissements directs étrangers, et les effets multiplicateurs dans les autres secteurs économie. Mais, le succès de ce secteur a vite été sa faiblesse, car on s’est contenté de surfer sur les résultats initiaux, sans prendre la peine d’innover nos produits, à tel point qu’aujourd’hui, de nombreux pays nous devancent dans ce secteur, alors que nous sommes toujours figés à quelques ‘schemes’. L’immobilier est aussi lié à la question de résidence à Maurice.

Pour attirer davantage d’étrangers, surtout les personnes à la retraite, de nouveaux plans doivent être conçus pour les accommoder. Et comme le gouvernement veut attirer au moins 100 000 étudiants étrangers à venir étudier chez nous, dans le cadre de l’expansion de notre ‘Knowledge Hub’, il faut déjà songer à leur hébergement, ce qui offrira un nouvel essor aux développeurs immobiliers. L’urbanisme et la planification s’avèrent également cruciaux, car, après avoir encouragé des ressortissants étrangers à acquérir des villas en plein champs de cannes sous le plan RES, il faut que demain, ces villas ne voient pas émerger des ‘eye sores’ dans le voisinage, ce qui sera un rude coup à notre image, si les acquéreurs cherchent réparation. Sur le plan local, un meilleur plan d’aménagement, avec le concours des collectivités locales, et l’investissement de l’État sur les infrastructures de base (eau, électricité, routes), permettra de dénicher des terres propices au développement résidentiel, ce qui pourra stabiliser le prix foncier, une autre forme de démocratisation de l’économie.

Le tourisme

Le tourisme fait face à ses énormes défis. Jusqu’ici, le débat s’est résumé à une question des chiffres. Atteindre le seuil d’un million de touristes n’a qu’un effet psychologique, mais c’est le revenu total généré par ce secteur qui compte. Les statistiques officielles démontrent une baisse de dépenses par les touristes. Cet état de choses affecte plusieurs secteurs d’activités : les taxis, les magasins, la restauration, les tour-opérateurs, les centres de loisirs, entre autres. Les autorités ne s’épargnent aucun effort pour identifier de nouveaux marchés, comme l’Inde, la Chine, la Russie et le Moyen-Orient. Pour ce faire, nous vantons les principaux atouts du pays.

Mais il y a d’autres facteurs qui influent également sur la croissance touristique : l’insécurité et la criminalité, la cherté de la destination et les produits et services, la propreté de l’île, les chiens errants, la dégradation de l’environnement et des plages, entre autres. D’autre part, il faut revoir certains règlements, afin d’assouplir les procédures liées aux visas d’entrée et les demandes des expatriés pour un permis de résidence pour les parents accompagnateurs, par exemple. Après tout, ces membres de famille qui séjournent à Maurice dépensent mieux que les touristes saisonniers. De plus, encourager des étrangers à avoir une résidence secondaire à Maurice ne ferait qu’augmenter le flux des arrivées. 

 

 

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